Vision et enjeux de l’ufologie


Un article signé Daniel Robin


 
Sommaire :

.1) Présentation de l’association Ovni Investigation.
.2) L’ufologie et la démarche scientifique.
.3) La collecte de données sur le terrain.
.4) Approche locale et approche globale.
.5) Pertinence et faiblesse de l’outil statistique.
.6) Ufologie et « science 2.0 », une projection dans le futur.
.7) La dimension psychophysique du phénomène ovni.


Jean-Louis Lagneau m’a demandé de présenter l’association Ovni Investigation, dont je suis le président, dans la revue L.D.L.N. J’ai accepté avec plaisir sa proposition car c’est pour moi l’occasion d’aborder non seulement la façon dont fonctionne notre association, mais aussi l’opportunité d’exposer une vision de l’ufologie qui est défendue par notre équipe ainsi que les enjeux énormes qui sont liés à cette activité. Le présent texte n’est donc pas seulement le descriptif de ce qui se passe au sein de notre groupe, mais c’est aussi une sorte de « manifeste » qui entend bien traiter certaines questions de fond concernant notre rôle dans la société. Bref, c’est un texte engagé, presque militant, qui ne s’adresse pas seulement aux ufologues mais à tous les citoyens de ce pays qui n’ont pas forcément accès aux bonnes informations au sujet des ovnis.


.1) Présentation de l’association Ovni Investigation.
 
Fondée en février 2003, notre association est indépendante et privée. Elle est régie par la loi de 1901 sur les associations à but non lucratif et elle est déclarée en préfecture. Nous n’avons de compte à rendre qu’à nous-mêmes et à nos adhérents. Nous ne sommes sous la tutelle d’aucun pourvoir extérieur. Ovni Investigation a son siège à Lyon. Nos statuts précisent clairement que nous nous sommes fixés comme but l’étude rationnelle et objective du phénomène ovni.
 
Je rappelle que l’ufologie n’est pas une science exacte, mais qu’elle s’efforce d’utiliser les outils intellectuels et les méthodes des autres sciences pour mener ses recherches. Il est aussi important de souligner qu’aucun dogme n’est défendu au sein de notre association. Nous ne professons aucune croyance spécifique au sujet des ovnis. Nous laissons à chacun le soin de se faire sa propre opinion à partir des nombreux témoignages que nous avons rassemblé au fil des années (plus de 1000 à ce jour). Nous ne proposons que des hypothèses qui demandent à être validées pour tenter d’expliquer ce qui a été observé.
 
Il ne s’agit pas de « croire aux ovnis », mais de savoir ce qu’est réellement ce phénomène qui est observé dans le monde entier depuis de très nombreuses années. Je dis toujours à ceux qui veulent travailler avec nous que le cœur de notre activité repose sur la récolte et l’enregistrement de témoignages d’observations d’ovnis. Notre méthode est d’aborder les faits de façon objective, neutre, pragmatique et en toute indépendance d’esprit. Nous sommes donc avant tout des gens de terrain et nous sommes en contact direct avec les témoins. Nous avons d’ailleurs acquis une grande expérience dans ce domaine.
 
Ovni Investigation c’est plus d’une centaine de membres répartis sur toute la France et nous recevons chaque mois des dizaines de témoignages (jusqu’à 40 par mois) par le canal du site Internet Ovnis-Direct avec lequel nous travaillons en étroite collaboration. Nous sommes donc placés au centre de l’activité du phénomène ovni et nous sommes capables d’intervenir rapidement dès qu’une observation est signalée. Un autre point essentiel de notre mission est d’être à l’écoute des personnes qui ont observé un phénomène inexplicable et dérangeant. Il s’avère en effet que - dans certains cas - la rencontre avec un ovni représente une expérience qui est mal vécue (voir traumatisante) pour le témoin. Notre rôle est d’écouter les témoins, sans les juger, et même parfois de les rassurer quand ils éprouvent de l’anxiété suite à leur expérience. Je dis toujours à ceux qui s’interrogent sur nos motivations que l’étude du phénomène ovni est une activité très sérieuse. J’estime en effet que ce sujet est de la plus haute importance et qu’il doit être étudié avec tous les moyens dont nous disposons. Notre rôle est aussi d’informer le public sur l’activité des ovnis car nous pensons que les humains sont aujourd’hui capables de prendre conscience des implications que cette activité entraîne au niveau scientifique (existence possible d’autres civilisations dans l’Univers) et philosophique (place de l’homme dans cet Univers).


.2) L’ufologie et la démarche scientifique.
 
Bien que comme je l’ai souligné l’ufologie n’est pas une science exacte ou une science dure (physique, chimie, l’astronomie, etc.), je pense qu’il est instructif et judicieux de reprendre les principales étapes de la démarche scientifique qui sont appliquées par ces sciences et de voir où en serait l’ufologie si elle devait respecter ce processus exigeant.
 
Je rappelle les cinq étapes fondamentales auxquelles doivent se conformer les sciences exactes :
.1) Observer,
.2) Décrire et classer,
.3) Prévoir, c’est-à-dire construire un modèle théorique,
.4) Elaborer un dispositif expérimental pour tester le modèle,
.5) Valider ou réfuter le modèle. 
 
Une première constatation s’impose : l’ufologie n’en serait encore qu’aux étapes 1 et 2 (observer, décrire et tenter de classer). Il est pour le moment impossible pour l’ufologie de construire un modèle théorique prédictif qui pourrait être réfuté ou validé par l’expérimentation. Quand je dis que c’est pour le moment impossible, je ne dis pas que c’est définitivement impossible. Si l’ufologie utilisait les outils numériques modernes qui sont à notre disposition les choses pourraient rapidement changer. Nous allons d’ailleurs voir qu’une nouvelle science commence à émerger suite à l’utilisation massive de ces outils numériques, c’est ce qu’on appelle la « science 2.0 », et qu’elle pourrait être utile à l’ufologie.


.3) La collecte de données sur le terrain.
 
Je crois sincèrement que l’ufologie doit évoluer et s’adapter aux nouvelles technologies qui sont aujourd’hui disponibles. C’est pour moi une évidence. Nous ne pouvons plus pratiquer l’ufologie comme nous le faisions il y a quarante ans.
 
Les ufologues de ma génération, qui ont plus de 60 ans aujourd’hui, ne disposaient dans leur jeunesse que d’outils relativement rudimentaires par rapport à l’ampleur de la tâche qui les attendaient. L’information circulait principalement à travers les revues (L.D.L.N, Ouranos, Flying Saucer Review, Ovni Présence, etc.), les livres, les courriers manuscrits (écris à la main), le téléphone (les gros téléphones noirs avec un cadran circulaire) et le « bouche à oreille ». Il fallait donc être très motivé et aussi très courageux pour mener des enquêtes sur le terrain auprès des témoins à une époque où les ovnis étaient systématiquement assimilés aux soucoupes volantes et aux « petits hommes verts ». Bref, du temps des « pionniers » si je puis dire, ce n’était pas une sinécure de pratiquer l’ufologie. Ce n’était ni rentable financièrement (c’était même parfois ruineux), ni gratifiant (aucune reconnaissance de ses concitoyens). Nous devons donc beaucoup à tous ceux qui comme Joël Mesnard par exemple, ont entrepris ce travail ingrat et fastidieux (en gros entre les années 60 et les années 90) de collecte d’informations sur les ovnis. Ils ont rassemblé une somme colossale de données qu’ils ont partagé avec ceux qui commençaient à prendre conscience que les témoignages d’observations d’ovnis c’était sérieux. Ces précieuses données ont été accumulées au fil des années mais elles n’ont été connues que d’un nombre très limité de personnes et c’est fort dommage. Heureusement pour nous, ces informations ne sont pas perdues.
 
Il me paraît évident que la collecte de données, en amont, n’est pas suffisante si elle n’est pas accompagnée, en aval, d’une analyse de ces données.
 
C’est une préoccupation qui est devenue centrale pour notre association au fur et à mesure que nous engrangions les rapports d’enquêtes. Pour aller plus loin que ce que nous faisions jusqu’à présent (enquêter) nous avons très vite créé une base de données informatique (BDD). Nous utilisons le logiciel Access 2007, et notre base comporte 1060 témoignages (février 2017). Toutes les nouvelles affaires qui sont traitées par Ovni Investigation (c’est-à-dire enquêtées par nous) sont enregistrées dans cette base. Ceci représente une seconde étape, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin.

Ci-dessus : capture d’écran de la page de notre BDD où sont enregistrés les témoignages qui ont été enquêtés par Ovni Investigation. La mise en place des champs à renseigner sur cette page a fait l’objet d’un soin tout particulier. Il s’avère en effet que de la pertinence des informations enregistrées sur la BDD dépendra tout le travail analytique ultérieur.

Si je reprends le schéma en cinq étapes de la recherche scientifique, nous n’en sommes encore dans le meilleur des cas, qu’à l’étape 2, c’est-à-dire « Décrire et classer », comme aux débuts de la zoologie et de la botanique par exemple. La prise de contact avec les témoins, la mise en place d’un réseau national d’enquêteurs, la rédaction de compte-rendus ou de rapports, correspondent seulement à la phase d’observation du phénomène : étape 1, « observer ». Nous observons et enregistrons des faits, mais nous ne comprenons pas encore leur signification.
Si nous voulons passer à l’étape 3, « Prévoir, et construire un modèle théorique », nous devons être capables d’analyser les données que nous avons accumulées. Il est évident qu’un cerveau humain seul est incapable d’analyser une masse de données aussi importante. Le recours à l’informatique et aux ordinateurs s’avère donc une nécessité si nous voulons accéder dans un premier temps à l’étape 3 (Prévoir, c’est-à-dire construire un modèle théorique).

Le tableau ci-dessus montre les cinq étapes fondamentales de la recherche scientifique en rapport avec l’étude du phénomène ovni et l’astronomie. L’astronomie remplit tous les critères de la recherche scientifique alors que pour le moment l’ufologie n’en remplit que deux. La différence vient du fait que l’objet d’étude de l’ufologie n’est pas un phénomène régulièrement observable. C’est un phénomène non-naturel qui semble se produire de façon aléatoire. D’où l’impossibilité pour le moment d’accéder à l’étape 3.

Je pense que la prochaine étape de la recherche ufologique est de créer une base de données informatisée puissante regroupant un maximum d’observations. A partir de cette base nous pourrons alors effectuer des analyses statistiques et peut-être même construire un modèle théorique et le tester. L’utilisation massive des outils numériques va sans doute modifier de façon notable la façon dont les recherches seront menées dans le futur.  
 
 
.4) Approche locale et approche globale.
 
Nous pensons que les observations d’ovnis, qu’elles ne concernent qu’un individu isolé ou tout un pays comme lors d’une « vague » par exemple, ne sont pas des événements indépendants les uns des autres qui ne doivent être étudiés que de façon ponctuelle et séparée. L’approche locale et singulière est indispensable mais elle n’est pas suffisante. 
 
Nous sommes persuadés, au contraire, que chaque événement ufologique local et singulier s’intègre dans une vaste chaîne d’événements à l’intérieur de laquelle il peut prendre un sens nouveau. Forts de cette constatation préliminaire, l’un des objectifs que nous nous sommes fixés et de mettre en évidence cet autre sens en cherchant à dégager des « structures » générales de comportement, plutôt que d’étudier telle ou telle observation en particulier. C’est l’approche globale que nous entendons promouvoir.  
 
Il va de soi qu’il n’est aucunement question de privilégier une approche vis-à-vis de l’autre. Pour nous elles sont complémentaires. Le travail des ufologues qui consiste à mener des enquêtes sur le terrain auprès des témoins d’observations d’ovnis est une activité fondamentale qui ne peut en aucun cas être  remise en question. Elle reste la source principale d’informations sur le phénomène ovni. Les enquêtes sur le terrain sont irremplaçables car elles nous donnent des informations inestimables sur les caractéristiques physiques des ovnis et sur leurs éventuels effets (physiques et psychiques) sur les témoins.
 
A cet égard, les déclarations des témoins peuvent être comparées à des « photographies » ou à des « instantanés » d’une scène d’un film. Nous voyons les acteurs du film dans une situation donnée (presque figée) et nous essayons de décrire et d’enregistrer le mieux possible la scène que nous avons sous les yeux. La scène est généralement très brève, et nous ne savons pas ce qui s’est passé avant et nous ignorons ce qui va se dérouler après. Certes, ce moment fugace comporte de très nombreuses informations mais il ne nous permet pas de comprendre le film dans sa totalité.
 
C’est exactement ce qui se passe lorsque nous menons une enquête sur une observation d’ovni qui s’est déroulée à telle heure, à tel endroit, et dans telles circonstances. Nous étudions un événement singulier qui représente pour l’observateur un moment privilégié. C’est comme si cette scène singulière avait été faite sur mesure pour lui.
 
Les enquêteurs sont donc confrontés à une scène de courte durée qu’ils n’arrivent pas à intégrer dans un ensemble plus vaste. Si nous ne tenons compte que de ces « instantanés », nous ne comprendrons jamais le comportement des ovnis. Je le répète, cette approche locale et singulière est certes nécessaire, mais elle n’est pas suffisante.
 
Pour tenter de saisir le phénomène ovni dans sa totalité, il importe donc d’adopter une approche globale qui intégrera de très nombreuses observations singulières. Notons que le seul outil à notre disposition qui permette cette approche globale est la méthode statistique appliquée aux cas enregistrés dans une BDD.
 
Voici un exemple de recherches effectuées à partir de l’exploitation de données statistiques :
Lien vers l’article intitulé « Ovnis 1990, phase X ».
 
 
.5) Pertinence et faiblesse de l’outil statistique.
 
C’est à la fin des années 60 et au début des années 70 que les ufologues commencèrent à  établir des catalogues compilant les observations d’ovnis. Dès 1966 par exemple, Jacques Vallée étudie des statistiques établies à partir d’une base de données regroupant plus de 600 cas. Entre 1968 et 1969, Claude Poher, aidé de quatre collaborateurs du GEPA (Groupe d’Etude des Phénomène Aériens) lance une étude privée sur près d’un millier de témoignages. A cette occasion, un traitement informatique « clandestin » est mené au sein du CNES. Un programme en fortran (langage de programmation informatique) est écrit et des cartes perforées sont soumises pour traitement aux ordinateurs du CNES. Très vite donc, les scientifiques intéressés par les ovnis ont pris conscience de l’importance de l’exploitation informatique des catalogues d’observations d’ovnis, surtout qu’en raison de l’évolution rapide des technologies de l’informatique, les résultats obtenus n’ont pas cessé de s’affiner. Malgré l’intérêt manifeste des études statistiques, les chercheurs connaissaient aussi les faiblesses et les limites de cet outil.
 
En dépit de ces faiblesses notoires, c’est en se servant de ce nouvel outil d’analyse que représentait une base de données informatique que Jacques Vallée a pu établir un graphique des « vagues » d’activité des ovnis. Il est aujourd’hui évident que la récolte d’informations fiables et précises concernant les observations d’ovnis représente un enjeu considérable. Les scientifiques qui étudient l’énigme des ovnis l’ont très vite compris. C’est pour cette raison que la constitution de bases de données informatiques est devenue une activité centrale de la recherche ufologique et que des organismes comme le GEIPAN ou le MUFON par exemple, possèdent des catalogues comportant des milliers de cas. C’est en exploitant ces bases de données que les scientifiques pourront mettre en évidence des structures logiques dans le comportement des ovnis. Une évidence s’impose désormais : plus nos bases informatiques seront riches et précises et mieux nous comprendrons le comportement des ovnis d’un point de vue global.
 
 
.6) Ufologie et « science 2.0 », une projection dans le futur.
 
Qu’est-ce que la « science 2 point zéro » ?

Cette expression recouvre au moins quatre grands aspects :
 
.a) La promotion d’une  « science ouverte » (une open science) caractérisée par l’accès libre pour tous les internautes à toutes les publications scientifiques arbitrées par les pairs (selon le principe du libre accès).
 
.b) La mise en place d’une « science en ligne » constituée par le partage en ligne des données de recherche.
 
.c) L’instauration d’une « science collaborative » (ou citoyenne) qui inclut des chercheurs non professionnels dans les projets de recherche
 
.d) Le regroupement des réseaux sociaux et blogs où s’expriment de plus en plus les chercheurs, y compris pour présenter et mettre en débat leurs hypothèses et leurs méthodes.
 
Ces quatre grands axes qui définissent la « science 2.0 » peuvent fournir une base de réflexion intéressante pour imaginer ce que pourrait être l’ufologie de demain.
 
L’existence de ces nouvelles pratiques scientifiques représente une révolution par rapport aux pratiques conventionnelles de la « science 1.0 », qu’on pourrait décrire comme suit : usage consistant à publier les articles dans des revues payantes, données de recherche protégées ou secrètes, exclusion des non-pairs dans les projets de recherche, et confinement de la parole scientifique dans des lieux ou des médias institutionnels très spécifiques (dans des revues ou des livres spécialisés).
 
Chacun des quatre aspects qui viennent d’être évoqués plus haut (science ouverte, science en ligne, science collaborative et regroupement des réseaux et blogs) engagent des questionnements et des problématiques distinctes, même si ces aspects sont connexes et se rejoignent sur le principe de l’ouverture.
 
Ainsi l’idée d’une science ouverte (libre accès aux données et résultats scientifiques) et celle d’une science collaborative mettent en avant la question des rapports entre science et société, et plus exactement entre science et démocratie, question récurrente à notre époque où beaucoup s’interrogent sur la distance de plus en plus grande qui s’installe entre les citoyens et les chercheurs.
 
Le professeur Ben Shneiderman, spécialiste en informatique, déclare que la « science 2.0 » va modifier la méthode scientifique elle-même et ses schémas de pensée, grâce à la puissance que constitue la mise en réseau des données et une recherche vraiment collaborative qui utilise précisément des outils informatiques « collaboratifs ». Il est temps, nous dit Ben Shneiderman, de sortir de la recherche cloisonnée, confinée aux secrets des laboratoires, (pratique qui a défini la science depuis 400 ans), pour faire place à une nouvelle manière de faire de la science, où les idées et les solutions de recherches seraient mises en commun, comme aussi les données, et ce dans un vaste et continu dialogue entre les citoyens d’un monde nouveau, celui de la cyberscience.
 
Nous nous sommes entrés dans l’ère des « big data » (les « grosses données », mégadonnées ou datamasse), c’est-à-dire l’ère des ensembles de données tellement gigantesques qu’ils nécessitent de nouveaux outils techniques et scientifiques pour les comprendre et en tirer du sens. Nous sommes confrontés à un véritable déluge d’informations que nous sommes désormais capables de recueillir et de traiter. 


Ci-dessus, le supercalculateur CURIE. Conçu pour combiner une puissance de calcul élevée (2 Petaflops) et une très grande capacité de traitement des données, le supercalculateur  CURIE est capable d’effectuer jusqu’à 2 millions de milliards d’opérations à la seconde. Sa puissance de calcul est équivalente à celle de 100 000 PC montés en réseau. Grâce aux performances exceptionnelles de cette machine, le Professeur Jean Michel Alimi a pu réaliser la première modélisation de la structuration de la totalité de l’univers observable du Big Bang jusqu’à nos jours. Si une agence gouvernementale ou un organisme privé disposait  d’une base de données comportant des millions de cas et de puissantes machines pour l’exploiter, comme le supercalculateur CURIE par exemple, il est tout à fait envisageable que cette agence ou cet organisme aurait alors l’opportunité de faire des découvertes décisives  sur le comportement global du phénomène ovni.
 
Le « big data » c’est aussi l’ère du pétaoctet (un pétaoctet équivaut à 10 puissance 15 octets, 1015) où des quantités considérables d’informations sont stockées dans des « clouds », les nuages informatiques.
 
Le « gigantisme » de l’information traitée nécessite une approche totalement différente, qui nous oblige à concevoir la donnée comme quelque chose qui ne peut pas être visualisé dans sa totalité. Cela nous contraint à regarder d’abord les données mathématiquement et à établir ensuite leur contexte. Selon le chercheur Chris Anderson, l’analyse mathématique appliquée aux énormes quantités de données qui vont provenir de nos capteurs, de nos outils qui collectent tous nos comportements, de nos possibilités infinies de stockage, de nos « nuages » informatiques, vont transformer les sciences. Car « avec suffisamment de données, les chiffres parlent d’eux-mêmes » écrit-il dans la revue Wired.
 
Alors que la méthode scientifique classique (la « science 1.0 ») est construite autour d’hypothèses que l’on teste en laboratoire, de modèles et d’expérimentations qui confirment ou infirment les hypothèses théoriques de départ, nous allons désormais de plus en plus avoir affaire à des « données sans modèles » (des données brutes en quelque sorte), qu’on ne pourra pas traiter comme du « bruit ».
 
La thèse audacieuse de Chris Anderson consiste à affirmer que l’arrivée de données massives, à l’ère du pétaoctet, nous permettra de dire : « la corrélation va suffire ». Nous pouvons désormais analyser les données sans faire des hypothèses sur ce qu’elles vont produire. Nous pouvons « jeter » les nombres dans le plus grand réseau d’ordinateurs que le monde n’ait jamais vu et laisser les algorithmes trouver les modèles que la science n’arrivait pas à trouver. A l’appui de son analyse, Anderson évoque l’exemple du séquençage des gènes par Craig Venter, qui est passé de l’organisme humain au séquençage de la vie dans l’océan et au séquençage de la vie dans l’air.
 
Beaucoup de domaines scientifiques (l’astronomie, la physique ou la géologie par exemple) utilisent déjà des flux de données extrêmement vastes, dont seuls les ordinateurs peuvent dégager des tendances invisibles à l’échelle de l’œil humain.
 
La « science 2.0 » peut-elle concerner l’ufologie ? C’est une question que nous devons nous poser dès maintenant et voir si nous pouvons nous engager dans cette voie.
 
Nous savons qu’il existe déjà de nombreuses bases de données (BDD) et des catalogues très détaillés d’observations d’ovnis à travers le monde. Si nous pouvions réunir toutes les données collectées dans ces BDD et ces catalogues, nous verrions immédiatement que nous avons créé un « big data » et que nous avons ainsi formé un « cloud », ou nuage informatique, dont la masse totale de données pourrait facilement se situer entre le téraoctet (TO), ou mille gigaoctets, et le pétaoctets (PO), ou mille téraoctects. A titre d’exemple, notons que le volume quotidien de contenus mis en ligne sur Facebook avoisine les 100 téraoctects et qu’une base de données clients d’une grande chaîne américaine de supermarchés peut stocker jusqu’à 460 téraoctets de données.
 
Si nous avons l’audace de nous projeter dans le futur, nous prenons alors conscience que c’est seulement à partir de ces énormes bases de données gérées par de puissants ordinateurs que nous pourrons espérer avoir des connaissances nouvelles sur le phénomène ovni, des connaissances qui étaient inaccessibles auparavant et dont nous ne pouvons avoir pour le moment aucune idée. Il d’ailleurs possible que des chercheurs payés par des agences gouvernementales s’attèlent déjà, dans le plus grand secret, à suivre de tels programmes de recherche qui se révèlent très coûteux. L’avantage qu’ils ont sur nous c’est qu’ils disposent certainement de moyens importants et d’outils informatiques ayant des capacités proches du supercalculateur CURIE.
 
 
.7) La dimension psychophysique du phénomène ovni.
 
Certes, les supercalculateurs et les algorithmes seront sans doute utiles dans le futur pour tenter de comprendre un phénomène complexe qui pour le moment a du mal à rentrer dans nos catégories mentales habituelles et nos représentations de l’espace et du temps. Si l’approche rationnelle, mathématique et logique du phénomène ovni sont nécessaires, force est de constater quelles ne sont, malgré tout, pas suffisantes pour le saisir dans toutes ses dimensions. L’énigme que nous cherchons à résoudre est à la fois plus subtile et plus profonde que nous l’imaginions. C’est ce qui l’a rend d’ailleurs si fascinante.
 
Si nous délaissons nos puissants outils informatiques et nos statistiques et que nous revenons à la « source » de nos informations, c’est-à-dire aux déclarations des témoins, nous voyons apparaître un élément qui n’avait pratiquement pas été pris en compte jusqu’à présent : la connexion psychique entre le témoin et l’ovni. Au fil du temps nous nous sommes aperçus que cet élément occupait une place centrale dans certaines enquêtes (affaires Xavier S. et Cyrille T). Il prenait la forme d’une sorte d’isolement sensoriel plus communément appelé « Facteur Oz ».
 
Les caractéristiques de l’isolement sensoriel peuvent se résumer de la façon suivante :

.a) Il y a une modification dans la perception de l’espace et du temps. Le témoin éprouve la sensation que le temps est comme arrêté ou suspendu.
.b) Le témoin a la sensation d’être seul, en « tête à tête » si je puis dire avec l’ovni. Comme si l’ovni était venu spécialement pour lui.
.c) Le témoin a l’impression d’être à l’intérieur d’une « bulle » ou un espace/temps différent. C’est comme si il se trouvait brusquement « ailleurs » au moment de la rencontre avec l’ovni.
.d) Le témoin ne perçoit plus les bruits habituels de la ville (circulation automobile, etc.). Il règne un silence total.
.e) Le témoin voit l’ovni et il est toujours dans le même environnement, mais l’activité qui régnait dans cet environnement a totalement changé. L’ambiance générale de la scène et des lieux changent.
.f) Dès que l’ovni s’éloigne, tout redevient normal. Le témoin perçoit à nouveau l’activité qui régnait avant son observation.
 
De toute évidence il s’opère lors de cette phase de la rencontre avec l’ovni un basculement de notre réalité vers une réalité modifiée qui possède ses propres caractéristiques et que j’appelle la « réalité psychophysique ».
 
C’est comme si l’ovni opérait soudain un changement de niveau de réalité et impliquait le témoin avec lui dans ce changement. Reste alors à explorer cette « réalité psychophysique » et à en définir les caractéristiques.
 
Jacques Vallée avait déjà pressenti, dès 1975, dans son livre Le Collège Invisible (Albin Michel, collection Les chemins de l’impossible - 1975) que le phénomène ovni comportait une dimension psychique importante. Le premier chapitre de son livre s’intitule même « La composante psychique » (du phénomène ovni). L’une des conclusions qu’il formule dans ce chapitre est que : «  la clef de la compréhension du phénomène ovni réside dans les effets physiques qu’il produit ou dans le changement de conscience psychique qu’il peut faciliter chez ceux qui l’observent. Leurs vies sont souvent changées profondément, et ils développent des talents étranges dont ils ne maîtrisent pas aisément les conséquence psychologiques ». Plus loin il ajoute : «  Son influence sur la créativité et les aspirations à long terme de l’homme est probablement très grande. Le fait que nous n’ayons aucun élément de méthode scientifique pour analyser cette influence n’est qu’une nouvelle preuve du fait que nous en savons bien peu sur notre propre vie psychique. C’est un triste commentaire sur l’état de notre connaissance de l’esprit humain ».
  
Schématiquement, disons que la réalité psychophysique possède à la fois les caractéristiques et les propriétés de notre réalité spatio-temporelle physique et celles du monde psychique. Si R1 est le monde physique et R2 le monde psychique, la réalité psychophysique est R1 + R2 (illustration ci-dessous).


Ci-dessus : illustration montrant que l’ovni se meut dans deux mondes à la fois : le monde physique (R1/4d) et le monde psychique (R2/1d ou +). A la jonction de ces deux mondes se trouve la réalité psychophysique (R3 = R1 + R2). Quand un témoin entre dans la sphère d’influence de l’ovni (espace délimité par les lignes en pointillés) il est comme absorbé par la réalité psychophysique dans laquelle se meut l’ovni. La réalité de l’observateur est alors modifiée (« facteur OZ »). Ce schéma pourrait expliquer un certain nombre des modifications (environnementales et subjectives) observées par les témoins lors du passage d’un ovni.
 
Dans notre modèle d’interprétation des faits, l’univers psychique n’est pas un sous-produit du monde physique (thèse matérialiste), comme l’est par exemple pour les matérialistes le monde psychique humain (les émotions, les pensées, etc.), qui ne serait qu’un sous-produit de l’activité neuronale. Dans notre modèle, le monde psychique est au contraire une dimension à part entière qui s’ajoute au monde physique.
 
Nous connaissons les propriétés du monde physique dans lequel nous évoluons et qui forment un cadre stable à quatre dimensions (R1/4d : 3 dimensions d’espace et une dimension temporelle). Nous savons par expérience que dans monde physique nous pouvons faire un certain nombre d’actions, mais que tout n’est pas possible. Pour nous déplacer par exemple, nous sommes obligés de marcher, ou de prendre un vélo, un train ou un avion. Pour communiquer avec nos semblables nous utilisons notre voix directement ou nous nous servons de technologies intermédiaires (téléphone, ordinateur, etc.). Le monde physique a ses règles auxquelles nous devons nous conformer. Elles s’imposent à nous.
 
Le monde psychique (R2/1d ou +) est au contraire d’une plasticité plus grande et il offre un éventail de possibilités qui paraissent moins contraignantes. Le monde psychique peut, comme le monde physique, avoir plusieurs dimensions. Dans ce monde, la communication peut se faire instantanément, de conscience à conscience, sans passer par les sons de notre voix ou des intermédiaires technologiques. La barrière des langues n’existe pas. La communication est directe et instantanée. Dans la réalité psychique les formes sont moins rigides et figées. Les mouvements et les déplacements ne subissent pas les mêmes contraintes que dans le monde physique. Dans le monde psychique un déplacement peut être quasiment instantané. Les formes, les couleurs, les « matières » et les textures n’ont pas les mêmes propriétés que dans le monde physique. La vision est directe et non limitée dans l’espace (vision à distance de scène éloignée). Elle ne passe pas par les yeux.
 
Une des caractéristiques intéressantes du monde psychique est qu’il est capable de produire des effets physiques réels et tangibles. Monde physique et monde psychique s’interpénètrent bien qu’ils soient différents. Pour nous, le monde psychique pourrait représenter une dimension supplémentaire (R1/5d), mais en lui-même ce monde pourrait avoir plusieurs dimensions auxquelles nous n’aurions pas accès faute de maturité psychique suffisante.
 
Cette description partielle de l’intrication entre monde physique et monde psychique permet de comprendre certains aspects des expériences vécues par les témoins d’observations d’ovnis comportant une dimension psychique. C’est une base de réflexion qui me semble fructueuse par ses implications et qui pourrait concerner les expériences d’enlèvements par exemple. 


Daniel Robin
Février 2017